mardi, 09 octobre 2007
Pourquoi je ne participerai pas à la commission Bouchard-Taylor
L'exercice de défoulement collectif, sous le couvert d'une commission visant à examiner les problèmes sucités par les accommodements raisonnables, se déroulera sans moi.
Certes, j'avais préparé un mémoire en prévision du passage de la commission dans la région de Montréal. Certes, j'ai ma petite idée sur ce débat, sur ses tenants et ses aboutissants. Mais devant le spectacle navrant qui s'y déroule, j'ai décidé de garder mon opinion pour d'autres lieux et d'autres yeux. Le débat demeure centré sur l'anecdote et une xénophobie inculte. Un récent sondage démontre d'ailleurs que le Québec est tout sauf accueillant et tolérant.
Le débat, qui n'en est pas un, reflète au mieux le malaise créé par la question, au pire, l'incompréhension des participants et des leaders face à cette question somme toute, assez simple.
Car les accommodements raisonnables, bien qu'étant le thème principal de la commission, ne sont plus au coeur du débat. Ce qui est au coeur du débat, c'est l'espace moral que les Québécois ont laissé vide et que d'autres occupent maintenant. D'où les débordements et sophismes immenses.
Nous vivons dans une société où les accommodements se manifestent quotidiennement. Au travail, chacun aura, un jour ou l'autre, demandé à prendre quelques heures de congé pour aller voir le médecin ou le dentiste. À la maison, chaque parent aura un jour négocié une heure de retour à la maison avec son adolescent. Au marché, chacun aura laissé passer quelqu'un devant lui à la caisse parce qu'il n'avait qu'un ou deux items alors que son propre panier était rempli. Nous accommodons, parce que nous sommes civilisés et bienveillants. Nous accommodons parce que nous respectons notre prochain. Nous accommodons parce que nous voulons bâtir une communauté paisible où chacun peut vivre en harmonie avec ses voisins. Nous accommodons aussi, n'en déplaise aux partisans de laïcité, parce que nous privilégions des valeurs Chrétiennes: la tolérance, le respect, l'amour de son prochain
Si les accommodements raisonnables étaient le seul sujet de cette vaste et sans doute improductive commission, la question serait vite réglée. Il suffirait d'encadrer plus précisément ce qui est acceptable ou non d'accommoder ici, en fonction de nos lois, de nos chartes et de notre morale "non-dite". Mais cette question en fait surgir des millions d'autres, aussi nombreuses que les vides moraux qui peuplent de notre quotidien. Car les lois et les chartes finissent par être contradictoires à force de se multiplier. Comment conjuguer, en effet, les multiples droits d'un seul individu et les droits de la multitude qui sont plus contraignants?
Mais au-delà de toutes ces considérations, la raison principale de ma retenue en sera une, paradoxalement, de peur du jugement. Depuis le début de la commission, on voit défiler une grande majorité d'intervenants qui prônent la laïcité comme une solution inéluctable. Leur méfiance des autres s'est transportée jusque dans une méfiance de leurs propres frères et soeurs. Ceux qui osent évoquer un retour à des racines chrétiennes sont systématiquement ridiculisés et pourchassés comme des sorcières. Car, en conspuant ces "illuminés", les citoyens et groupes de pression croient ainsi pouvoir évacuer miraculeusement toute notion religieuse de la sphère publique. Ce désir d'occulter entièrement la chose religieuse est-il réalisable? La France, qui tente depuis près de trois siècles d'exterminer la religion de toutes ses institutions, pourrait servir de référence. Mais si l'on se fie au malaise qui existe en France, où "l'absence" de religion exacerbe plutôt l'importance de celle-ci, il y a tout lieu de se questionner sur cette approche.
Prôner la laïcité au sein de la sphère publique, c'est le contraire d'être tolérant et ouvert à la différence, car au lieu d'accepter toutes les religions, on se trouve ainsi à toutes les refuser. Prôner la laïcité, c'est aussi enfouir sa propre croyance parce qu'on en a honte et refuser que d'autres croyances aient le droit de se manifester. Par l'évacuation de sa propre identité, on croit ainsi fermer la porte à d'autres identités, parfois plus tonitruantes. Prôner la laïcité, c'est un peu placer l'athéisme en haut de la pyramide morale, et refuser une place aux religions.
Sans souhaiter l'emprise d'une religion, quelle qu'elle soit, sur la gestion de l'État, ne serait-il pas possible de laisser une place aux valeurs chrétiennes qui ont fondées nos communautés? Doit-on nécessairement se réclamer du vide moral? Doit-on absolument rejeter nos racines pour fermer plus facilement les yeux sur celles des autres?
Je suis pour une tolérance, pour une ouverture, pour une affirmation de nos racines dont nous n'avons pas à avoir honte.
00:30 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : commission Bouchard-Taylor, accommodements raisonnables, xénophobie, laïcité, chrétien
mardi, 02 octobre 2007
Quand le débat déborde
La population du Québec semble vouloir sombrer dans une chasse aux sorcières qui n'aura de fin que lorsqu'elle aura apprivoisés ses fantômes.
Alors que le débat sur les accommodements raisonnables devait faire la lumière sur certains cas de mise en oeuvre démesurés de cette pratique, voilà que l'arène se transporte dans la sphère des affaires municipales et que l'on s'adonne à un lynchage en bonne due forme.
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a récemment déposé un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor dans lequel il prônait une certaine forme d'affirmation religieuse à travers les institutions politiques ou civiles. Il a aussi, il faut le mentionner, déposé ce rapport au nom de la ville de Saguenay, ce qui a su attiser les tensions car il se trouvait ainsi à faire endosser de façon tacite son mémoire par une partie de sa population et par son conseil.
Lors du dernier conseil municipal, plusieurs citoyens sont venus montrer leur mécontentement de manière bruyante. Et le maire a dû se défendre seul.
Le courage politique ne paie pas. La parole d'un élu n'est pas garante de l'approbation de son équipe ou de la population qu'il représente. L'opinion d'un homme, lorsqu'il est au service public, ne doit pas faire ombrage à sa tâche.
Jean Tremblay a commis l'erreur de parler au nom des autres alors que ces autres ne sont pas d'accord avec lui. Il lui reste deux options: démissionner et devenir libre de ses opinions, ou soumettre son mémoire à un référendum et agir en conséquence selon le résultat obtenu.
23:20 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : accommodements raisonnables, saguenay, jean tremblay


